Fjord a été choisi parmi les 22 longs métrages de la Compétition officielle. Le jury était présidé par Park Chan-wook, accompagné de Demi Moore, Ruth Negga, Laura Wandel, Diego Céspedes, Isaach de Bankolé, Paul Laverty, Chloé Zhao et Stellan Skarsgård.
La récompense fait entrer Mungiu dans le groupe très restreint des cinéastes ayant obtenu deux Palmes d'or. Cannes parle désormais d'un club de dix réalisateurs doublement palmés.
En 2007, Cannes avait couronné son deuxième film
La première victoire de Mungiu était arrivée très tôt. 4 mois, 3 semaines et 2 jours n'était que son deuxième long métrage lorsqu'il avait remporté la Palme en 2007. Le film suivait deux étudiantes dans la Roumanie communiste des années 1980, l'une aidant l'autre à obtenir clandestinement un avortement.
Cette Palme avait immédiatement placé Mungiu au premier plan d'un cinéma roumain que la critique internationale observait déjà avec attention. Dix-neuf ans plus tard, Fjord ne cherche pourtant pas à reproduire le même décor, la même langue ou la même configuration.
Le nouveau film installe son conflit dans un village norvégien. Les Gheorghiu, couple roumano-norvégien profondément croyant, s'y rapprochent de leurs voisins, les Halberg. Lorsque l'école découvre des ecchymoses sur le corps d'Elia, l'aînée des enfants Gheorghiu, la manière dont la famille élève ses enfants devient une affaire collective.
Cinq films en Compétition, quatre passages récompensés
Le plus remarquable dans la deuxième Palme n'est peut-être pas l'écart de dix-neuf ans. C'est ce qui s'est passé au milieu.
Mungiu a présenté cinq longs métrages en Compétition à Cannes depuis 2007. Quatre ont reçu au moins un prix. Après la première Palme, Au-delà des collines lui vaut le Prix du scénario en 2012, tandis que Cristina Flutur et Cosmina Stratan partagent le Prix d'interprétation féminine. Baccalauréat lui apporte ensuite le Prix de la mise en scène ex aequo en 2016.
R.M.N., présenté en 2022, est le seul de ces cinq films à être reparti sans récompense de la Compétition.
Fjord ajoute donc la distinction maximale à une série déjà inhabituelle. Cannes avait également appelé Mungiu de l'autre côté de la table : membre du jury présidé par Steven Spielberg en 2013, puis président du jury de la Cinéfondation et des courts métrages en 2017.
La deuxième Palme arrive au moment où Mungiu déplace son cinéma
Fjord reste reconnaissable dans les sujets qui intéressent le réalisateur : famille, normes sociales, responsabilité individuelle, institutions et difficulté à juger des personnages qui ne partagent pas les mêmes valeurs. La géographie, elle, change nettement.
Le film est une production associant la Roumanie, la France, la Norvège, la Suède et le Danemark. Mobra Film porte la production principale avec Why Not Productions, Eye Eye Pictures, Snowglobe Film, Aamu Film Company, Filmgate Films et Garagefilm International parmi les partenaires.
Sebastian Stan et Renate Reinsve occupent le centre de la distribution, avec Lisa Carlehed, Ellen Dorrit Petersen, Lisa Loven Kongsli, Henrikke Lund-Olsen et Vanessa Ceban. Tudor Vladimir Panduru signe l'image.
Le déplacement n'a donc rien d'un simple changement de paysage. Mungiu construit son conflit autour d'une famille elle-même située entre plusieurs cultures, dans un village où les valeurs privées finissent par devenir une question publique.
Mungiu refuse de donner au spectateur une vérité confortable
Le lendemain du palmarès, le réalisateur a expliqué devant la presse que Fjord était construit contre l'idée d'une vérité unique. Pour lui, des personnes doivent pouvoir vivre ensemble même lorsqu'elles ne partagent pas les mêmes valeurs et restent convaincues d'avoir raison.
Son inquiétude porte sur ce qui arrive lorsque ce dialogue disparaît : une montée de la violence sociale dont les générations suivantes paieront le prix.
Cette position aide à comprendre pourquoi le sujet des ecchymoses d'Elia n'est pas simplement organisé comme une enquête destinée à désigner rapidement les bons et les mauvais personnages. La communauté observe une famille. La famille se sent jugée. Les enfants vivent à l'intérieur du conflit bien avant que les adultes aient terminé de définir leurs principes.
Le sommet de Cannes, une deuxième fois
Mungiu n'est plus le cinéaste de 2007 que la Palme venait soudainement installer sur la carte internationale. En 2026, le Festival récompense quelqu'un dont il a déjà distingué le scénario, la mise en scène et plusieurs films au cours de deux décennies.
La seconde Palme modifie néanmoins l'échelle de ce parcours. Une première victoire peut rester attachée à un film exceptionnel dans une carrière. Deux obligent à regarder la continuité.
Fjord dure 146 minutes. La France l'a découvert en salles le 19 août, distribué par Le Pacte.