L'opération avait été préparée avec la Fédération Nationale des Cinémas Français, France Télévisions et Brut. À 19 h, les établissements participants pouvaient retransmettre en direct la cérémonie d'ouverture présentée par Eye Haïdara, puis enchaîner avec La Vénus électrique.

Le matin du 12 mai, Cannes annonçait plus de 950 cinémas engagés. Son bilan publié cinq jours plus tard fait état de plus de 980 salles ayant finalement retransmis la cérémonie et le film. Autrement dit, la première mondiale du Grand Théâtre Lumière était aussi une très grosse séance nationale décentralisée.

52 000 spectateurs avant même le premier mercredi

Le chiffre le plus intéressant est celui de la salle. Cannes annonce plus de 52 000 spectateurs dès le premier soir pour le dispositif cérémonie plus film. La cérémonie diffusée en parallèle sur France 2 a réuni 1,75 million de téléspectateurs.

La Vénus électrique était donc visible le même soir sous trois formes : dans la salle officielle de Cannes, dans près d'un millier de cinémas et à la télévision pour la partie cérémonie. La sortie commerciale française du film était fixée au mardi 12 mai, et non au mercredi traditionnel.

Cette avance d'une journée n'a rien d'anecdotique pour Diaphana. Elle permettait de faire de l'ouverture cannoise le premier acte de l'exploitation plutôt qu'un événement promotionnel séparé de la sortie. Les spectateurs qui voyaient monter Pio Marmaï, Anaïs Demoustier, Gilles Lellouche, Vimala Pons, Gustave Kervern et Madeleine Baudot sur les marches pouvaient rester dans leur fauteuil et regarder le film juste après.

Cannes devient brièvement un réseau de salles

Le Festival n'est évidemment pas devenu distributeur. Diaphana conserve cette fonction, tandis que Les Films Pelléas porte la production. Mais l'opération brouille utilement la frontière entre la première réservée à l'industrie et la séance accessible au public.

Pour un film français, l'ouverture de Cannes offre une exposition médiatique difficile à reproduire avec une campagne classique. Le problème habituel est géographique : les images du tapis rouge circulent partout, le film reste à Cannes. Ici, l'exploitation a utilisé la cérémonie elle-même comme élément de programmation.

Le dispositif a aussi quelque chose de plus concret qu'une avant-première nationale traditionnelle. Les salles ne recevaient pas simplement un film quelques heures plus tôt ; elles retransmettaient le lancement officiel du Festival avant la projection. La soirée commençait donc au même moment à Cannes, Lille, Lyon ou Bordeaux, même si la Croisette gardait les photographes.

Salvadori ouvre Cannes avec son onzième film et son premier film d'époque

La Vénus électrique est le onzième long métrage de Pierre Salvadori en trente-quatre ans de carrière. Il signe pour la première fois un film d'époque et installe son récit dans le Paris de 1928.

Antoine Balestro est un peintre qui ne parvient plus à travailler depuis la mort de sa femme. Une tentative de communiquer avec elle par l'intermédiaire d'une voyante le met sur la route de Suzanne, une foraine entrée dans la roulotte pour voler de la nourriture et qui découvre qu'elle se débrouille très bien lorsqu'il faut improviser une fausse séance de spiritisme.

Le scénario est signé Benjamin Charbit, Benoît Graffin et Salvadori, à partir d'une idée originale de Rebecca Zlotowski et Robin Campillo. Julien Poupard dirige la photographie, Camille Bazbaz compose la musique et Virginie Montel prend en charge la direction artistique et les costumes.

Le film dure 122 minutes. Cannes l'a présenté hors compétition.

L'opération ne s'est pas arrêtée à une belle photo de lancement

Le bilan commercial a ensuite donné un peu de matière au pari. Les données CBO reprises par AlloCiné portent La Vénus électrique à 326 203 entrées cumulées au 20 mai, après ses huit premiers jours d'exploitation.

Cela ne permet pas d'isoler combien de personnes seraient venues sans Cannes, ni de transformer les 52 000 spectateurs du premier soir en formule reproductible pour n'importe quel film. Un film d'ouverture bénéficie d'une exposition que le distributeur ne peut pas recréer chaque semaine.

Mais le 12 mai 2026, l'ouverture du Festival a été utilisée comme une vraie fenêtre d'exploitation. Pendant que le film connaissait sa première mondiale à Cannes, son public français avait déjà commencé à acheter les billets.